Réseau Médiation (Belgium)

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Updated: 30 min 49 sec ago

Ne laissez pas la raison guider vos choix !

Fri, 2011-10-28 01:04

Ce titre peut paraître impertinent à tous ceux qui pensent qu’une bonne décision est une décision rationnelle. Et c’est vrai que ne pas laisser la place à la raison lorsqu’un choix s’impose serait absurde. Néanmoins, les études les plus sérieuses dans le domaine des neurosciences nous démontrent que la raison seule, en face de choix réellement difficiles, ne nous mène qu’à des impasses décisionnelles.

Chacun se rappellera sans doute l’exemple donné par Antonio Damasio dans son livre « L’erreur de Socrates » de ce patient, privé de ses émotions, et incapable de décider du jour de son prochain rendez-vous, car faisant sans cesse des aller-retour entre les avantages et les inconvénients de chacune des plages horaires proposées.

J’y pensais dernièrement, lorsque dans le cadre de mes consultations chez interactes, j’étais interpellé par la difficulté de quelques-uns de mes clients à opérer un choix affectif. Ils pensaient pourtant se baser également sur leurs émotions en pesant le pour et le contre de leurs choix possibles en termes d’impact sur les autres: « je ne suis plus amoureux de mon épouse et je vis dans l’indifférence depuis dix ans, je suis amoureux d’une autre femme que je vois depuis deux ans. Si j’annonce à ma femme que je la quitte, je vais la rendre dépressive et risque de me sentir responsable de sa dépression, mais je ne la déteste pas assez pour cela. Si j’annonce à ma maîtresse que je ne quitte pas ma femme, je mets fin à deux longues années d’espoir de son côté, et je m’enferme dans l’ennui pour de nombreuses années ».

En restant loin de ses propres émotions, mon client s’empêche de choisir. En s’empêchant de choisir, il rend tout choix futur encore plus difficile. Son choix, il ne le fera que s’il se laisse toucher par ses émotions. Le pour et le contre, il l’a pesé et sous-pesé tant et tant de fois qu’il n’y a plus vraiment de plateau de la balance qui pèse plus que l’autre. Aujourd’hui, il se trouve perdu au milieu d’une forêt dont le sol couvert de feuilles laisse à peine deviner le chemin. Et même sur ce chemin, il ne sait plus quelle direction mène à quoi. Va-t-il alors se coucher sur le sol et attendre que les autres décident pour lui de son avenir ?

Tout le travail de thérapie et d’accompagnement consiste alors à lui permettre de renouer avec ses émotions, dont il se place toujours tellement loin en commençant chaque phrase par « J’imagine que …, Je suppose que… » se détachant des émotions en les plaçant à l’extérieur de lui-même.

 

 

 

 

 


La France « impose » l’hébergement partagé au moment ou d’autres le remettent en question…

Thu, 2011-10-27 13:20

Près d’une centaine de députés de l’UMP se préparent à déposer une proposition de réforme de la loi du divorce en France. Cette réforme introduit comme grande « nouveauté » ce qui est depuis plusieurs années déjà la règle en Belgique, mais aussi dans de nombreux autres pays.

Cette introduction se fait pour « remettre l’enfant au coeur du débat ». Alors même que la pratique de nombreux professionnels de la famille de part le monde questionnent cet « automatisme » au nom du même « intérêt de l’enfant ».

En effet, imposer comme un norme l’hébergement égalitaire est extrêmement pervers – tout comme imposer une autre norme comme l’hébergement principal assorti d’un droit de visite est pervers. L’un comme l’autre donnent l’impression de créer un « droit des parents sur l’enfant » qui a pour principale vertu d’instrumentaliser totalement celui-ci au sein du conflit de ses parents, ce qui est bien loin de mettre son « intérêt » au centre du débat.

Les modalités d’hébergement des enfants sont un point extrêmement sensible de tout dispositif de séparation, et s’il est une règle qui devrait s’appliquer, c’est de s’obliger à prendre le temps de rechercher une solution avec un professionnel éclairé si le consensus ne fait pas entre les parents.

Sur une telle question, un juge doit pouvoir prendre le temps d’examiner la situation exacte qui lui est présentée, se faire éclairer par les experts ad hoc, ou mieux encore proposer aux parents sur ce point précis une médiation, qui les amènera à reprendre la discussion sur le point qui continuera à les lier pour souvent de nombreuses années.

Il serait intéressant de voir quelles sortes d’idées pourraient sortir d’un débat réellement renouvelé sur le remplacement d’une norme de « premier ordre » (la modalité d’hébergement proprement dite) par une norme de « second ordre » (le cadre de décision de la modalité).

Chez interactes, nous travaillons tant en médiation qu’en thérapie familiale sur les problématiques d’hébergement des enfants, et nous sommes convaincus de l’intérêt de consacrer à chaque enfant et à chaque parent toute l’attention nécessaire pour assurer aux uns et aux autres de bonnes relations parentales et filiales.


Faut-il accepter le refus d’un adolescent de rencontrer un de ses parents séparés ?

Thu, 2011-10-27 11:30

Cette question était au coeur d’une formation que j’ai eu l’occasion de suivre aujourd’hui, avec un exposé de la psychanalyste-experte Martine Goffin, responsable de l’unité adolescents et jeunes adultes au centre Clos Chapelle aux Champs.

L’approche était bien entendu très psychanalytique, ce qui ne rejoint pas toujours mon mode d’intervention. Mais je trouvais intéressant une série de réflexion sur la question de la séparation et de l’accompagnement à la séparation lors du passage de l’enfance à l’âge adulte. Et sur l’illusion de pouvoir déléguée par des parents à leurs adolescents lorsqu’ils leur laisse le choix de leur mode d’hébergement.

L’adolescent reste toujours dans notre société un être dépendant de ses parents, peut-être un peu moins sur le plan affectif (et encore…) mais certainement sur le plan matériel. De plus, cet adolescent est toujours, selon la norme, « irresponsable » dans toute une série de matières. Son apprentissage d’adulte se termine mais n’est pas complet – le sera-t-il jamais d’ailleurs ?

Alors, lui dire « choisi ton hébergement, tu ne devras pas en subir les conséquences car pour le reste, tes parents devront continuer à te protéger » peut poser un problème. Et rendre les parents à nouveau propriétaires de ce problème, c’est sans doute leur rendre la responsabilité de l’ensemble de la décision.

Il est sans doute important de questionner l’adolescent sur le besoin qui le pousse à demander à ne plus voir un parent. Il faut même certainement tenir compte de ses réponses. Et aussi garder à l’esprit que l’attente du moment où l’on peut décider par soi-même, cette difficile frustration de l’attente de l’âge adulte, ne se résout pas en répondant positivement à toutes les demandes. Ne pas savoir attendre, c’est justement une excellente manière de ne pas devenir adulte. C’est le propre de l’enfance de rester dans l’immédiat. En apprenant à développer une stratégie basée sur le temps, l’adolescent gagne encore quelques gallons.

Ce type de situation, nous la rencontrons régulièrement chez interactes. C’est toujours un travail passionnant que d’aider ainsi parents et futurs adultes à définir leur rôles respectifs et à progresser ensemble.